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Mise en oeuvre nationale de l'APA au Cameroun

Exemple d'accès et de partage des avantages, lié à l'Echinops au Cameroun

En 2012, la société française de création d'arômes et de parfums, V. Mane Fils, a découvert le potentiel commercial de l'Echinops giganteus (ci-après dénommé l'Echinops), une plante herbacée vivace de la famille des chardons qui pousse au Cameroun, en haute altitude. Étant donné que les affaires de la société Mane dépendent, en grande partie, de ressources naturelles, son PDG et Président de la Fondation Mane, Michel Mane, a pris connaissance du Protocole de Nagoya suffisamment tôt. Mane a donc décidé de faire de l'exploitation de l'Echinops sa première chaîne de valorisation conforme à l'APA, sur la base de conditions convenues d'un commun accord (CCCA, en anglais MAT).

Pour commencer, Mane a pris contact avec la fondation ERUDEF, une ONG dévouée au développement environnemental et rural, afin de gérer le processus au niveau local et notamment de trouver une communauté sur place, susceptible de fournir un accès à l'Echinops. Sur la base des résultats d'une enquête, ERUDEF a choisi, comme partenaire local, le Royaume de Magha-Bamumbu, principalement parce que l'Echinops est largement répandu et facile d'accès dans cette région. Néanmoins, le succès du processus CCCA dépendait surtout de l’appui du gouvernement, d'autant plus que jusqu'à ce jour (mai 2015), le Cameroun n'a toujours pas ratifié le Protocole de Nagoya et n'a pas non plus adopté de cadre juridique ou réglementaire en matière d'accords APA. Avec l'appui de la Deutsche Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, le pays a développé une stratégie APA nationale et a mené des activités de sensibilisation. En liaison avec le « Projet régional GIZ d’appui à la Commission des Forêts d’Afrique Centrale » (COMIFAC), un projet commandité par le Ministère fédéral de la coopération économique et du développement (BMZ) et mis en œuvre par la GIZ, l'Initiative APA a proposé, par la suite, d'appuyer les négociations de conditions convenues d'un commun accord ainsi que le développement d'une législation intérimaire en matière d'APA, au travers d'un décret ministériel.

Finalement, en mai 2014, Mane et le ministère camerounais de l'environnement, de la protection de la nature et du développement durable (MINEPDED) ont signé un mémorandum d'entente en matière d'APA portant sur l'Echinops durant la phase de recherche. Étant donné que les négociations ont duré plus longtemps que prévu, Mane a exporté quelques racines d'Echinops pour effectuer des recherches en France, avant de signer le mémorandum. Néanmoins, cette démarche avait été officiellement approuvée par le ministère à condition que l'accord soit signé ultérieurement.

En janvier 2015, le ministère a octroyé la permission à Mane de lancer la phase de commercialisation. Ceci a ouvert la porte aux négociations des premières conditions convenues d'un commun accord, au Cameroun. Appuyées par l’Initiative APA, ces négociations se sont tenues dans la capitale, à Yaoundé ainsi qu’au Royaume de Bamumbu à 2 700 m d'altitude. Finalement, le 2 avril 2015, Michel Mane, sa Majesté Lekunze Nembo Andreas (Roi de Bamumbu) et Nana Aboubakar Djalloh (ministre délégué au MINEPDED) ont signé des CCCA pour pouvoir commercialiser l'Echinops.

Dans ce document, la société Mane s'engage à acheter 1 000 kg de racines d'Echinops en 2015, 1 500 kg en 2016 et 2 000 kg en 2017. À 4,10 euros le kg, le prix est relativement élevé si on le compare à celui de la carotte vendue par la même communauté au prix de 45 centimes. Mane s'est engagée également à verser des redevances d'un montant de 25 % des bénéfices nets liés directement à l'Echinops. Les redevances sont déposées dans un fond de la communauté locale qui est géré par le roi, qui s'engage à communiquer le montant des fonds accumulés. Parmi les principaux avantages non monétaires, citons un guide de culture de l'Echinops, l'appui de projets de développement locaux et, pour finir, éventuellement des bourses d'études pour les étudiants et notamment les femmes de la région concernée.

Le Royaume de Bamumbu a fondé une coopérative et construit des stations de séchage d’Echinops, opération qui a été financée dans sa totalité par Mane, au travers d'un financement initial. Peu après la signature de l'accord, la coopérative a mis à la disposition de Mane une tonne d'Echinops frais.

Motivé par ces bonnes expériences, il n'est pas impossible de voir le Cameroun développer prochainement une régulation intérimaire en matière d'APA et de ratifier le Protocole de Nagoya. Mane, quant à elle, est passée à la phase de commercialisation et a commencé des négociations sur d'autres espèces intéressantes pour poursuivre sa collaboration avec le Cameroun.

La COMIFAC a intégré un nouveau module de mise en œuvre de l'APA en Afrique centrale pour disséminer l'expérience camerounaise dans la région.

Pour télécharger des photos sur cet exemple d’APA lié à l'Echinops, cliquez ici.